Valensole : une histoire qui n'en finit pas de rebondir

Franck Boitte

 

Guy Tarade et Maurice Masse

Introduction

Comme la plupart d'entre nous et comme dans beaucoup d'autres dossiers ufologiques j'ai longtemps cru naïvement que tout avait été dit et publié sur Valensole.

Et puis, alors que j'étais allé rendre visite et logeais chez un des rares collègues dont je respectais le travail, il m'aborda après deux jo

 

urs de séjour avec des airs de conspirateur : « Tiens, jette un coup d’œil à cela. » « Cela » se présentait sous la forme de deux ou trois pages dactylographiées concernant le cas de Valensole.

« Qui a écrit ce texte ? »

« Claude Maugé ».

« En quelles circonstances ? »

« Il est allé sur place et a rencontré le Pr. Rocard. Mais lis d'abord.  »

Pour autant que ma mémoire qui date de plus de vingt ans soit fidèle, le texte disait à peu près ceci :

Maugé avait sollicité et obtenu en date du 10 janvier 1988 un rendez-vous privé avec le Pr. Yves Rocard, qui était alors (je l’ignorais) directeur de l'Observatoire de Haute Provence. Ancienne base américaine durant la seconde guerre mondiale « récupérée » depuis par la France, c'était aussi un Centre de Tracking de satellites situé à moins de 5km du terrain de Masse. J'avais le vague souvenir qu'il en avait été question dans un des tous premiers articles publiés sur ce cas, signé « Jacques Lemaître », dont on apprit bien plus tard que c'était un des pseudonymes que P. Guérin affectionnait.

Au cours de l'entretien, le Pr. Rocard avait fait part à Maugé de sa conviction, vraie ou feinte, que la RR3 de Masse résultait d'une confusion de sa part, volontaire ou non, avec l’atterrissage d'un hélicoptère dans son champ de lavande. Hypothèse prétendument originellement avancée par « des journalistes » (lesquels?) en vertu de tout aussi prétendues manœuvres militaires « dans la région ».Assez vite abandonnée au vu des deux rapports de gendarmerie et du déni de l'Armée de l'air française.

Dans la bouche de Rocard, version Maugé, l'anonyme journalistique hypothèse rendait « techniquement et politiquement » plausible qu'il pouvait s'agir « d'un hélicoptère espion américain (illégitimement) décollé d'un navire de la 6e Flotte ancrée en rade de Villefranche avec mission d'aller mesurer l'effet des ondes émises ou captées par le Centre de Détection Radar de Valensole, chargé de renseigner l’État français (et donc soviétique) des départs de fusées de cap Canaveral et dont la puissance venait tout juste de passer de 15 à 80 KV, et de leur effet possible sur les transmissions radio et des avions de surveillance américains (U2) qui survolaient l'espace français 24 h sur 24 ». .

Bref, on était en plein roman de John Le Carré.

L'hypothèse tombait à pic puisqu'à l'époque de la RR3 de Masse (1er juillet 1965), de Gaulle était en train, à la grande satisfaction des taupes communistes infiltrées dans son gouvernement, d'accumuler les prétextes pour bouter hors du Royaume le forces américaines de l'OTAN, considérées comme« troupes d'occupation étrangères » dont les représentants de couleur harcelaient de leurs assiduités d'innocentes jeunes Françaises et préféraient le Coca Cola au Bordeaux et Dizzy Gillespie à Yvette Horner. À quoi s'ajoutait le fait que le gouvernement français avait épinglé le 17 juillet de la même année et « quasi dans la même région »un « avion espion » américain en train de survoler le centre atomique de Pierrelatte.

Émise par « un petit futé » cette « information » est aujourd'hui analysée sur le site http://memoire-aero-rhone-alpes.freeiz.com/EspionnagevalleeRhone.pd qui note :

« A l'époque, aucune carte de navigation aérienne n'indiquait une quelconque interdiction du survol de ce site, seule l'usine de Marcoule bénéficiait d'une zone d'interdiction de survol à basse altitude. »

Quelle que soit la pertinence des suppositions et accusations du « petit futé » anonyme, aussi bien le ton que le contenu de ce que rapportait Maugé montrait sans le moindre doute que Rocard n'envisageait pas un instant la plausibilité de la présence de supposés « extraterrestres »dans le champ de lavande de Masse. Ceci en dépit des invraisemblances manifestes de son hypothèse et de son inadéquation avec les faits que Masse rapportait.

Connaissant par expériences antérieures les présupposés idéologiques de Maugé, la lecture de ce document me laissa partic

 

ulièrement perplexe. « Qu'est-ce que tu en penses ? » demandai-je à Figuet.

Alors, déjà travaillé au corps de longue date par ses amis psycho-socios à qui il confiera plus tard la survie de sa personne puis ses archives, ainsi que par sa propre hypothèse forgée sur l'aire de parking d'une grande surface de la région à propos de Trans-en-Provence, Figuet me répondit qu'il pensait que l'hypothèse de Rocard était recevable.

« Pourrais-je avoir une copie de ce document ? »

« Non. C'est confidentiel ».

« Pourquoi ? »

« Le gouvernement français ne veut pas que les informations concernant le Centre soient connues. C'est un document for eyes only »

« Fort bien. Qui l'a reçu ? »

« La plupart des ufologues français qui ne croient pas ou plus en l'existence des ovnis. Comme les membres du CNEGU, par exemple ».

« Et pourquoi pas moi ? »

Silence.

Je me trouvais donc dans la situation curieuse que mon hôte m'autorisait à prendre connaissance d'un document qui venait démolir tout ce que je croyais être sûr à propos de cette affaire, mais dont soit disant personne ne pouvait faire état et qui en même temps était déjà entre toutes les mains, du moins celles des ufologues qualifiés de « rationalistes ».


Ce qui précède est corroboré par un texte sans date ni signature que j'ai retrouvé dans ma documentation et dont je n'ai pas réussi à exactement retracer l'origine, mais qui, vu la syntaxe et le contenu que je reproduis sans commentaires, pourrait être de Maugé (à moins qu'il ne s'agisse d'un plagiat ? Dans ce cas, c'est encore plus grave).

En tous cas, il reprend – avec un problème sur la date - les mêmes supputations gratuites et propos invérifiés que le précédent :

« Je tiens pour l'essentiel [ce qui suit] du physicien connu qu'était Yves Rocard lors d'une rencontre à Paris le 13.10.1987 (donc antérieure au 10 janvier 1988). Le laboratoire de physique de l'École Normale Supérieure, labo dont Rocard était le patron, avait à Valensole une station de recherche qui détectait les lancements des fusées américaines et russes [lire : soviétiques] dans une moindre mesure, par les perturbations qu'elles produisaient à la frontière de l'ionosphère, et la puissance du radar venait d'être portée de 15 à 80 kW quelques jours auparavant. Rocard estimait que cela pouvait dès lors perturber les installations des navires de la 6eFlotte américaine, qui avait alors des bases en France, et qu'ils avaient dû envoyer un hélicoptère en mission d'espionnage, qui se serait posé pour une raison inconnue ( un problème lors du vol ? ).

Politiquement, ceci est très possible, car un avion américain sera intercepté le 17 juillet au-dessus des installations nucléaires de Pierrelatte, incident qui fut une des raisons ayant décidé de Gaulle à quitter l'OTAN (ou, plus précisément, son Commandement intégré) l'année suivante.

Quant au comportement ultérieur de Masse, on pourrait peut-être en rendre compte ainsi : ayant rapporté publiquement ce qu'il avait vu, éventuellement avec un peu d'exagération, les autorités lui auraient fait savoir par l'intermédiaire des gendarmes que l'intérêt de la nation exigeait une attitude plus « décente ». Après tout, laisser croire à l'ovni sans le dire, ce pouvait être une façon de garder la face devant les Américains, et en même temps de ne pas trop indisposer publiquement ceux-ci, qui étaient quand même des alliés. Mais il doit être bien clair que tout ceci est spéculatif, pas plus toutefois que l'enlèvement ; Rocard avait d'ailleurs insisté sur le fait que son scénario correspondait seulement à une hypothèse plausible, et il était convaincu que Masse avait bien vu quelque chose à l'Olivol. Une autre éventualité étant que Masse aurait inconsciemment déformé son expérience, soit durant celle-ci, soit ultérieurement en la rapportant, toutes choses que l'on sait s'être produites dans d'autres cas ».

Suit alors une copieuse bibliographie bien dans la manière de Maugé – qui sur la fin se citerait lui-même – dont un défaut est de ne pas être toujours très claire.

Je la reproduis sans rien y changer

« Deux importants articles ont été repris dans LDLN n°200, déc. 1980 : 3-15 et n°201, janv.1981, 6-41. Jacques Lob & Robert Gigi, « O.V.N.I . , dimension autre, 1975 : 9-12. Informations Dr .G.W Fr : Rencontre de Valensole (version 18.08.2009). Série d'articles dans la Flying Saucer Review (avec de nombreuses informations inédites en français), dont : vol .11, n°5, sept.-oct.1965 : 9-11; 11, n°6, nov.-déc.1965 : 5-9 ; 12 n°3, mai-juin1966 : 21-5 ; 14 n°1, janv.-févr.1968 : i 6-12 ; 15 n°1, janv.-févr.1969 : i ,7 ; 15 n°4, juil.-août1969 : i, 8-12. Kim Hansen, « UFO Casebook », in Hilary Evans avec John Spencer (éds.), UFOs 1947-1987. The 40-Year Search for an Explanation, Fortean Tomes (sic), 1987 : 66-9. Jerome Clark, The UFO Encyclopedia, 2nd Edition. The Phenomenon from the Beginning, Volume 2 : L-Z, Omnigraphics, 1998 : 961-3. Article du GESAG n°106, mars 2001 : 1-8 (avec une lettre de Claude Maugé faisant suite à un texte du n°101, mars 1999 : 4-6) [qui disait] que l'enquête de gendarmerie avait conclu qu'aucun hélicoptère n'était impliqué. On peut rétorquer que cela ne peut s'appliquer qu'à un engin officiel ou privé en vol légal, y compris à ceux participant aux manœuvres militaires dans la région à l'époque, mais pas à un aéronef non autorisé. Éric Maillot m'a (qui parle ? FBE) toutefois fait remarquer que des espions seraient bien moins vulnérables en voiture (lettre 19.05.2005) ; c'est exact, mais peut-être la nature de la mission exigeait-elle une perspective aérienne [??]. »

Bref, on le voit, maniant l'insinuation et la litote, cette notice a réponse à tout.

Comment cette affaire rebondit ...

Mon épouse et moi profitâmes de notre séjour sur la Côte d'Azur pour parcourir cette magnifique région. Puisqu'il se trouvait sur notre route, nous fîmes, bien sûr, étape à Valensole. Mais faute de temps et sachant combien Masse avait pu être excédé par les continuelles visites impromptues et souvent malvenues d'ufologues plus ou moins déglingués et bien – ou plus souvent mal - intentionnés à son égard, n'étant au surplus pas français, j'évitai le ridicule et le possible affront d'aller l'importuner en son fief, préférant contempler le fameux plateau de loin et consacrant mon temps à des dossiers moins médiatisés et surtout moins « pollués »par la presse et les ufologistes, comme celui de la « Marie Fée ».Respectant mon engagement tacite avec Figuet, je préférai oublier ce qu'il m'avait montré.

Cette situation demeura inchangée pendant plus de vingt ans, avant que l'affaire rebondisse suite à une demande de l'ufologue Joe Carpenter qui, le10 juin 2013 sur la liste EUN, évoquait la station de détection radar pour demander s'il en est question dans les enquêtes.

Jugeant qu'après cinquante ans, guerre froide officiellement terminée ou pas, la consigne d'omerta décrétée par Maugé et ses amis avait suffisamment duré, je balançai dès le lendemain l'essentiel de ce qui précède. La demande que fit ensuite Ferryn du COBEPS qu'on veuille bien lui préciser de quel modèle d'hélicoptère il s'agissait ne reçut pour toute réponse que le silence tandis que Maugé écrivait qu'il avait bien eu l'intention de publier les « notes informelles » prises lors de sa rencontre avec Rocard, mais que l'état de santé de ce dernier, mort en 1992, l'en avait empêché.

Justification qu'on me permettra de trouver abstruse.

Comme l'affaire de l'hélicoptère non-identifié piloté par des nains macrocéphales armés de tasers appointés à la CIA – ou Howard Hughes ? -était condamnée à en rester là, tel un prestidigitateur tirant un nouveau lapin d'un chapeau, Maugé lançait une autre pelure de banane sous les semelles des« bons croyants » comme moi : il s'agissait cette fois de prendre position vis à vis d'une prétendue affaire « Matthieu Morice » dont jusqu'alors personne n'avait entendu parler.

Devant des faits nouveaux – du moins pour moi – dont l'exposé s'avère assez tortueux, un résumé s'impose :
1/ Ce cas est pour la première fois rendu public suite à la publication en 1994 d'un livre écrit par un certain Jean-Paul Lefebvre Filleau intitulé "Les Mystères de Normandie".

Avant lui, jamais personne n'en avait parlé.

2/ Le livre est un recueil de procès-verbaux de gendarmerie.

3/ L'auteur est présenté comme ex-col. à la retraite de la Gendarmerie Nationale, "ayant servi pendant plusieurs années en Normandie, surnommé par ses pairs « le détective de l'histoire », chevalier de la Légion d'Honneur, auteur de près d'une vingtaine d'ouvrages, récompensé par plusieurs prix littéraires dont le Grand Prix des Écrivains de France pour son livre « L'Affaire Bernadette Soubirous, l'enquête judiciaire de 1858 » (Ed. du Cerf), traduit en plusieurs langues".

Bref, un personnage considérable qui, à la fois curieux et diantrement intéressant, si pas révélateur, est en même temps "diacre de l’Église Orthodoxe de France" dont on se demande quel rapport cela peut avoir avec une carrière de Commandant de Gendarmerie.

4/ Parmi les PV que contient le livre figure la déposition (réelle ou inventée) d'un certain "Matthieu Morice" dont nous sommes avertis qu'il s'agit d'un pseudonyme, tout comme Masse agriculteur de son état, qui prétend avoir fait une RR3 en juin 1961 à une date qui n'est pas autrement précisée et dans un lieu pas mieux précisé situé "entre Caen et Creully".
5/ En comparant le récit de cette RR3, on relève 35(!) points communs avec l'affaire Masse, certains passages –ceux qui décrivent le comportement des petits personnages notamment - donnant même l'effet d'être des « copier-coller ».

6/ Après avoir lu cet ouvrage, un certain Didier Leroux, que Sider déclare faire partie du clan des debunkeurs, éprouve l'irrésistible besoin de publier en 2004 un article sur l'affaire Morice dans le numéro 3 de la Gazette Fortéenne de J.L. Rivera.

Ouf. Résumons le résumé : il est question d'un témoin anonyme qui a une date inconnue de juin 1961 aurait fait, quelque part « entre Caen et Creully »(Normandie), une RR3 qui présente 35 points communs avec celle de Masse.

Impossible de rien vérifier (presse locale, enquête de voisinage, ...) à partir de telles informations, ni même d'avoir accès au PV de gendarmerie original, s'il existe quelque part. Usant de l'argument d'autorité, Maugé par Leroux interposé nous demande de croire sur parole les déclarations d'un prétendu ex-colonel de gendarmerie qui est en même temps diacre d'une église pas vraiment catholique.

Voilà en tous cas l'hypothèse alternative censée remplacer celle des lutinoïdes macrocéphales de la CIA que Maugé propose aujourd’hui, tout en insistant bien entendu sur le fait que c'est seulement à titre d'hypothèse. La boule de pétanque une fois lancée, il n'y a plus qu'à la laisser rouler toute seule, l'imagination souvent délirante des uns et des autres achevant le travail.

Car les choses hélas ne s'arrêtent pas là. Si l'on consulte le site « Ufofu », lui-même assez opaque (on y échange par pseudonymes interposés dont on devine qu'ils sont transparents pour la plupart des protagonistes) que Maugé cite comme référence à l'affaire Morice, on trouve dans les 222 commentaires qui accompagnent le lien que je donne en référence les étonnantes déclarations ci-après.  J'ai raccourci certains d'entre eux sans en déformer le sens et mis en gras certains passages qui me paraissent significatifs :

1/ Odin57

Une bien curieuse similitude... Si l'affaire évoquée possède une base concrète !

Je viens juste de lire l'article en question et à part la confirmation d'un colonel de gendarmerie (encore que...) je n'y trouve rien de vraiment probant. PV non-consultable, témoin sous anonymat... Hum !

Si tout ceci est exact, comment ne pas envisager que M. Masse ait pu être informé de l'histoire originelle et en ait tiré la base d'une énorme "galéjade" typiquement méridionale (ayant ensuite gonflé, hors de contrôle de l'auteur) ??

2/ Didier91

L'ufologue Jean-Pierre Tennevin (...) nous apprend (qu'il) a connu Maurice Masse en 1944, se trouvant engagé volontaire comme lui a cette date. Il le décrit ainsi : "Un petit paysan rigolard, aimant la vie à en crever, le cœur sur la main et la galéjade à la bouche"

Dont acte.

3/ Ginger54

Le cas n'est pas dans le Figuet-Ruchon ni dans l'annexe du "chronique des apparitions" de Vallée. Bizarre que personne n'ait remarqué un cas à ce point semblable … Est-il dans les journaux locaux de l'époque ? (...)

De toute façon, il est quasi impossible que Masse ait été au courant : je vois mal un paysan des Basses Alpes lire les journaux locaux normands en 65, s'ils l'ont publié!

Jetons le doute, dans une dizaine d'années, il ne se sera rien passé à Valensole.  

4/ Didier91

Tu as raison sur l'argument de la lecture des journaux locaux par Massemais en revanche il aurait pu lire un entrefilet sur Socorro qui ne datait que de quelques mois (1964). Notre scepticisme par rapport à ce parallélisme Maurice Masse/Morice Matthieu (...) vient du fait qu'on l'interprète de la façon suivante: une histoire est copiée sur l'autre. Mais on peut interpréter ce parallélisme autrement selon ses croyances: même schéma, même structure du récit qui est une preuve que tout cela est dû à l'imagination et ses structures préétablies (pour les socio-psycho); mais aussi (pour les "croyants"): l'Intelligence à l'origine des ovnis distille, véhicule des histoires à dormir debout identiques dans différents endroits de la France et du monde dans le but que peut-être cela nous interpelle et soit source d'intérêt pour notre évolution.

5/ Odin57

Notre scepticisme par rapport à ce parallélisme Maurice Masse/Morice Matthieu

Morice Matthieu est un pseudonyme.  Le choix des deux "M" est-il le fait d'un auteur spécifique toujours par rapport à l'affaire Maurice Masse ??

Ceci dit, tous les deux étaient agriculteurs dans les années 60...

Que savons-nous des bulletins parus dans ce milieu à l'époque ? Des réunions syndicales, ou autres salons d'agriculture sont des lieux où les paysans échangent, communiquent...

Je ne dis pas que ce fut le cas, mais rejeter la probabilité d'office me paraît faire preuve de légèreté.

De toute manière il resterait la première affaire qu'il faudrait encore expliquer.

Un aspect des témoignages avec lequel je suis d'accord avec le sceptique Marc Hallet est que souvent les auteurs de mensonges (ou de canulars) s'enferrent dans leurs inventions, surtout lorsque l'affaire prend une tournure qui les dépasse complètement.

6/ Zénon                   

(…) L'auteur du livre, officier supérieur de la Gendarmerie Nationale ne s'intéresse manifestement pas à l'ufologie.      

Dans le cas contraire, il aurait naturellement fait le rapprochement avec Valensole.

"Si tout ceci est exact, comment ne pas envisager que M. Masse ait pu être informé de l'histoire originelle et en ait tiré la base d'une énorme "galéjade" typiquement méridionale (ayant ensuite gonflé, hors de contrôle de l'auteur) ?? Ce fut ma première réflexion lorsque je découvris l'article de Didier Leroux il y a quelques années. Ce n'est certes pas impossible. Mais c'est tout de même peu probable. Nous ne possédons d'ailleurs aucun élément qui permettrait de pencher pour l'hypothèse du "récit transposé". Nous sommes donc là dans le registre du doute raisonnable. (…) Ce cas est également absent du Zurcher (publié en 1979) et de de la presse spécialisée (LDLN, Phénomènes Spatiaux, Ouranos, etc.), la presse régionale n'en dit mot. Et pour cause ! Les journalistes en ignoraient l'existence. (…)Ce qui est encore plus troublant, c'est qu'aucun des acteurs de l'ufologie (ceux qui publient donc) n'ait évoqué ce cas depuis la publication de l'article, c'est-à-dire depuis 2004.

7/ Odin57 -->Zénon

Je m'étonne de ne rien trouver sur le site du Geipan, puisque l'affaire a été rapportée à la gendarmerie. D'ailleurs est-ce en qualité d'ex-gendarme que l'auteur a pu avoir accès aux renseignements ?

Si c'est le cas pouvons-nous parler de "passe-droit" inaccessible au commun des citoyens mais utilisable à titre privé (et même pécuniaire puisque l'affaire fait partie d'un livre vendu) par des personnes ayant porte ouverte aux dossiers "bloqués-pendant-60-ans" ?

En tous cas, oui il est plus qu'étonnant que les  "fins limiers" de l'ufologie française n'aient pas eu vent d'une affaire aussi grosse. Très très curieux même, je dirais !1

Encore une fois SI le cas initial de 1961 est réel (car pour l'instant nous n'avons AUCUN document officiel pour le corroborer non ?) et si je l'associe à la déclaration de Tennevin au sujet de la psychologie de Masse, cela contribue, à mon sens, à jeter un doute sur l'affaire de Valensole2.

C'est une opinion. Une opinion raisonnable. Bien que globalement critique, je m'interroge toutefois bien moins raisonnablement. Et si ce cas méconnu venait "renforcer", en quelque sorte, le témoignage de Maurice Masse ? Après tout, qu'une saynète se répète à l'identique dans un laps de temps aussi court nous permet peut-être de mesurer avec plus de "robustesse" ce qu'il convient de comprendre par "intentionnalité".

8/ Zénon

On peut également spéculer sur l'utilisation, par notre méridional cultivateur, des traces laissées par un impact de foudre afin de donner quelque épaisseur à son récit. Enfin bref, notre attachement aux stigmates venus d'ailleurs n'est plus ce qu'il était !

http://archive.ufofu.org/artic...

Je m'étonne de ne rien trouver sur le site du Geipan, puisque l'affaire a été rapportée à la gendarmerie.

Didier Leroux répond en précisant que l'auteur, alors en activité et recherchant quelque aventure étrange afin d'étoffer son bouquin, a été mis sur la piste de ce cas par l'un de ses collègues gendarmes.

À propos de trace (de LA trace), on peut amèrement regretter qu'aucun prélèvement n'ait été réalisé par les nombreux ufologues présents sur les lieux. (…) Alors, un canular ? (…) C'est également vrai pour Trans. Mais naturellement rien ne permet de l'affirmer ! Les PV liés à l'affaire de la plaine de Caen, s'ils existent bien, pourraient donc constituer la source à laquelle viendra puiser notre méridional rigolard (selon Tennevin, c'est-à-dire par un seul homme !) afin de bricoler son propre récit. Ces PV pourraient également révéler la présence, à une distance de quatre années, des mêmes "visiteurs »

9/ Odin57 -->Zénon

Le cas été traité notamment par Aimé Michel et Jacques Vallée. Excusez du peu !

Argument d'autorité qui ne représente pas grand-chose face aux divers éléments qui pourraient (je dis bien "pourraient" !) être mis à décharge du témoignage de Masse.

Michel et Vallée sont des hommes et ont pu se tromper, comme tout un chacun.

Encore une fois SI le cas initial de 1961 est réel (car pour l'instant nous n'avons AUCUN document officiel pour le corroborer non ?) et si je l'associe à la déclaration de Tennevin au sujet de la psychologie de Masse, cela contribue, à mon sens, à jeter un doute sur l'affaire de Valensole.

À contrario il y a toujours le travail de Pierre Guérin dans LDLN 200 et qui plaide dans l'autre sens.

Tout ceci est bien compliqué d'autant que le témoin est aujourd'hui décédé.

(…) [Par ailleurs], la communication entre agriculteurs de différents horizons existe, c'est le point que je désirais précédemment mettre en exergue, vous l'avez compris...

(Etc. etc. J'arrête là, il y a à ce jour en tout 222 commentaires),

... et où je me décide enfin à intervenir ...

Vous aurez remarqué que le principal fait nouveau de la peau de banane lancée par Maugé pour discréditer le cas de Valensole par la bande (ce n'est pas moi qui le dit … air connu) est l'intervention de « l'ufologue J.P. Tennevin ». Un ufologue que tant est grande sa discrétion, peu de gens peuvent se vanter de pouvoir situer.

Ufologue ? Question de point de vue si l'on se rapporte à ce que le milieu ufologique – moi y compris - connaissait de lui et qui se résume à … rien. Mais ufologue quand même quand on sait qu'il a relu, corrigé et rendu présentables à la fois avec talent et une infinie compétence 14 des 17 ouvrages de Jean Sider, ingrat travail de fond oh combien indispensable, qu'il possède une collection complète de revues de LDLN et à n'en pas douter une bibliothèque ufologique bien garnie.

Qui est exactement cet « ufologue » sur les« déclarations » de qui s'étend si complaisamment Ufofu ?

Voyons ce qu'en dit internet :

« Professeur de Lettres (agrégé de grammaire)3né vers 19204, militant de toujours de la cause provençale, dans la lignée félibréenne, Jean-Pierre Tennevin a fourni entre les années 60 à 80 une œuvre littéraire peu abondante mais persévérante (…) toute, ou presque, placée sous le signe du fantastique et de la science-fiction, ce qui peut surprendre dans le milieu littéraire de langue d’oc, plutôt dominé par le roman historique, le récit autobiographique ou le roman de mœurs paysannes.

La plus connue de ses œuvres, peut-être, des amateurs de SF, est Darrièro Cartoucho, roman paru en deux parties à la fin des années 60. Publié en édition bilingue (provençal-français), il avait été recensé par Pierre Versins dans son Encyclopédie de la SF. Il s’agit d’un roman d’anticipation décrivant une catastrophe mondiale et la survie dans les collines d’un petit groupe de Provençaux. (…) La Vièio qu’èro Mouartoest une histoire de fantôme située à Marseille en 1974, et publiée peu après, La Countagien une pièce de théâtre, une farce disons, qui a pour cadre la peste de Marseille vers 1720 (…), Gracchus Bœuf et les Oïlitans, qui date de 1982, est un bref roman satirique qui frise l’achronie, puisqu’il imagine un mouvement de défense des parlers d’oïl qui caricature le mouvement occitan.

(…)

Parfois leste et humoristique surtout, Tennevin mélange érudition réelle et fantaisiste en matière de littérature française, parfois pesant quand il noircit le trait contre ses adversaires

(…)

Venons-en au cœur du propos, les œuvres où Tennevin confronte ses personnages à l’Histoire par le biais de rencontres extraordinaires. Il y a une bonne partie des textes du recueil Lou Pantai e àutri nouvello, qui relèvent plutôt des ressorts classiques du fantastique (lieux hantés, malédictions). Je citerai parmi les plus intéressants à mon goût : « Lou rode », où un paysan qu’on croit demeuré fait reculer le temps d’une journée, afin de sauver sa forêt d’enfance de la convoitise immobilière d’un riche voisin ; « L’ome de Nebaroun », où un archéologue amateur, a une intuition chamanique de la vie des populations pré-romaines ; « Lou tèms mescla », où un univers de poche, replié dans le temps autant que dans l’espace, se dissimule au sous-sol d’un bâtiment administratif. Si l’édition que j’ai eue en main était de 2003, ces textes ont été publiés tout au long de la carrière de Tennevin.

Son premier roman, par contre, Lou Grand Baus, a été publié en1965. C’est un texte d’une soixantaine de pages (le livre en compte 127, mais comporte le texte français en regard). Il s’agit de voyage dans le temps par des moyens magiques : Aloi, paysan provençal, possède sur ses terres le site archéologique du Grand Baou, dernier refuge des Salyens (de Provence) contre la puissance romaine, au 2ème siècle avant notre ère. En fouillant le site, il s’identifie à un ancien Salyen, et ils échangent leurs places (avec quelques ambigüités : leurs familles continuent de les reconnaître comme les hommes qu’ils ont toujours connus, avec des bizarreries de comportement, et quelques articles de vêtement semblent pouvoir passer les siècles) ».

Pour autres détails : http://revel.unice.fr/cycnos/?id=601.

jean pierre tennevinMr. Tennevin est non seulement à la fois un écrivain du fantastique, défenseur de la langue provençale, grand admirateur de F. Mistal, mais aussi un ufologue à qui l'on doit la mise en forme des deux livres de Shi-Bo5 et les rapprochements qui peuvent être faits entre les casuistiques chinoise et occidentale. Il a relu et corrigé les épreuves de la revue Lumières dans la Nuit pendant les deux années qui ont précédé la disparition de son Directeur, Mr. Veillith, publié ensuite sous son nom plusieurs articles consacrés au paranormal dans la même revue et dans d'autres comme Ufovni et Ufolog.

J'ai pris grand plaisir à lire son ouvrage ci-dessous qui, avec une érudition millimétrée, relate l'apparition d'un « ange »

 

Peut être obtenu au CREDD'O, 12 avenue Auguste Chabaud, 13690 Graves.

Prix indicatif : 15€.

… faisant ce qu'aucun des gloseurs cités plus haut n'a pris la peine de faire

Dûment cornaqué par J. Sider, je prends contact avec Mr. Tennevin et lui rapporte – détails en moins - les faits ci-dessus. Un moment en vacances (j'ai eu peur), il répond à ma lettre le 1er août 2013 et je crois – avec son autorisation – indispensable de citer cette réponse in-extenso car, comme va le voir, la réalité est très différente que ce qui figure sur le site Ufofu insinue:

« Cher Monsieur,

J'ai écrit sur le Maurice Masse que j'ai connu en 1944 qu'il avait la« galéjade à la bouche ».

Je donnais à galéjade (qui est un mot que le français a tiré du provençal) le sens qu'il a en Provence : « plaisanterie, joyeuseté, gauloiserie … » (dictionnaire Frédéric Mistral) et non pas le sens que je relève dans le Larousse : « plaisanterie avec une intention de mystification … »

Ce qui voulait dire pour moi que Maurice Masse aimait raconter des histoires drôles – et j'ajoute particulièrement salées – qu'il n'avait pas inventées.

On a interprété qu'il aimait mystifier les gens, et de là à en faire un argument pour appuyer le « debunking » du cas de Valensole, il n'y avait qu'un pas.

Mettons les choses au point : [comme] je ne l'ai vu que pendant un mois, à l'infirmerie du camp, à Saint Raphaël, ce n'est pas ce qu'on peut appeler« un vieux copain de régiment », et si je me souvenais de lui parmi tant d'autres complètement oubliés, c'était à cause de sa personnalité, de sa verve et du volume qu'il faisait. Si je n'ai pas cherché à la revoir, c'était :

1°) parce qu'il n'avait pas répondu à ma lettre,

2°) parce que j'avais lu que son aventure l'avait fait sombrer dans une profonde mélancolie.

Ce n'était que depuis peu que je savais qu'il y avait identité entre le Maurice Masse du régiment et celui de l'affaire de Valensole. Comme je vous l'ai dit au téléphone, je venais d'apprendre qu'il avait servi dans les tirailleurs marocains : ce que je soupçonnais s'était vu confirmer par ce dernier détail, et depuis je n'ai cessé de penser à la destinée de cet homme.

Si nous avions pu savoir de quelle manière étrange ce joyeux luron allait voir se bouleverser son existence !

Je ne mets pas en doute l’authenticité de la RR3 de Valensole. S'il y a similitude avec d'autres événements, c'est aux E.T. qu'il faut demander pourquoi. Ce que j'ai constaté de lui quand il avait vingt ans et moi vingt-deux me donne à penser que même vingt ans plus tard, il eût été bien incapable d'inventer l'histoire que tout le monde ufologique connaît ... Et après, comment aurait-il fait pour dormir vingt-quatre heures par jour au détriment de son travail de paysan ? Et penserait-on que [quelqu'un] de l'intelligence d'Aimé Michel, qui est allé l'interviewer, n'aurait pas tout de suite distingué le faussaire s'il en avait été un ?

Le mauvais côté d'Internet est de permettre au premier venu de se donner de l'importance et de broder des histoires au lieu d'aller puiser à la source, comme vous le faites.

Bien cordialement à vous,

(s) J.P. Tennevin.

 

En conclusion

Même si par expérience j'en doute, cette magistrale volée de bois vert de Mr. Tennevin devrait couper court à toute nouvelle malveillante insinuation venant de personnes comme MM. Maugé et ses amis au sujet de cette affaire. Mais je sais combien leur imagination fertile ne les prive jamais de nouveaux arguments…

Son intérêt est qu'elle illustre à merveille trois des principes rarement, sinon jamais, exposés de la manière dont fonctionnent les debunkers :

1/ Quand sous le poids des critiques mon hypothèse réductrice s'avère intenable, j'en change pour une autre qui l'est encore plus.

2/ Là où le message me déplaît, heurte mes convictions intimes ou ne me paraît pas acceptable, je m'attaque de préférence au messager plutôt qu'au message.

3/ Je ne retiens des faits que ceux qui paraissent s'accommoder à ma thèse du moment ; les autres, je n'en tiens aucun compte et les ignore.

F. Boitte

8 août 2013

 

Éléments de bibliographie

Les plus souvent cités :

  • A Plan for Valensole, Jacques Lemaitre (Pierre Guérin), Flying Saucer Review 1969, Vol.15/4, pp.8-12.
  • OVNI : Le premier dossier complet des rencontres rapprochées en France, Michel Figuet et Jean-Louis Ruchon (Éd. Alain Lefeuvre, 1979, pp.253-256)
  • Inforespace #53, septembre 1980, pp.2-17, Pierre Guérin, maître de recherche au CNRS
  • Inforespace #54, novembre 1980, pp.4-11 Dr Beaudouard, médecin psychiatre.

À propos de la rencontre Maugé-Rocard :

  • Bulletin du GESAG #106 de mars 2006 (sic).

Internet :

À propos de la station radar de Valensole :

http://ieeexplore.ieee.org/xpl/articleDetails.jsp?tp=&arnumber=499750&contentType=Journals+%26+Magazines&sortType%3Dasc_p_Sequence%26filter%3DAND(p_IS_Number%3A10808)

À propos de l'affaire « Matthieu Morice » :

http://ufofu.tumblr.com/post/26896215803/un-coup-dessai-m-connu

Renvois

(1)  Pas si curieux que ça pour le « fin limier » qui comme moi estime cette réponse normande à la RR3 de Masse inventée ...

(2)  Dans la lettre du 12 août où il m'autorise à reproduire la précédente, Mr Tennevin précise : « Cela n'est en rien une déclaration, je citais le fait à titre d'anecdote. Si j'avais pensé que l'on s'en servirait un jour au désavantage de Maurice Masse, je n'aurais rien dit ». Cette mise au point montre une fois de plus combien les mots et l'usage (souvent insidieusement malveillant) qui en est fait par les sceptiques sont importants.

(3)  Dans sa lettre du 12, Mr. Tennevin précise : « Je ne suis pas agrégé de Grammaire mais de Lettres. Je sais que pour le profane cela ne veut pas dire grand-chose, mais pour l'intéressé, c'est important. »

(4)  En réalité, 1922.

(5)  «  L'Empire du Milieu troublé par les Ovnis » (Axis Mundi, 1993) et «  Nouveaux dossiers chinois » (Aldane, 1999)